Vignoble Rangiroa : un vin qui n'a pas à rougir de ses congénères

Vignoble Rangiroa : un vin qui n'a pas à rougir de ses congénères

Le vin, nous direz-vous, est l’apanage des grands domaines viticoles français. On pense bien entendu aux Bordeaux, aux Bourgogne, mais aussi aux Languedoc ou encore aux Alsace. Pur fruit de la tradition française, la vigne et sa culture en sont une véritable fierté nationale ! Mais pourquoi pas s’aventurer hors des sentiers battus et se laisser tenter par un vin insulaire. Nous connaissons bien sûr le vin Corse, mais envolons-nous un peu plus loin, vers le Pacifique sud, à la découverte du vignoble de Rangiroa

Un pari fou : planter des vignes sur un atoll polynésien

C’est le pari fou mais tenace de Dominique Auroy, il y a 25 ans, de produire des vins sur les terres plutôt hostiles de Polynésie ! Un pari risqué face aux exigences que l’on connait du domaine de la viticulture.

L’amour de la vigne et de son produit en flacon remonte à l’Antiquité. Depuis toujours l’homme a cherché à planter et replanter des pieds de vigne. Mais le vin est exigeant, et la vigne demandeuse, gourmande, harassante. Le métier de viticulteur est difficile et intransigeant, et soumis à une règlementation contrôlée par l’INAO (surfaces de plantation contrôlées, et cépages fixés par décrets).

Une vigne adaptable, mais qui demande des exigences incontournables

Tout d’abord le climat. Pas trop froid, pas trop humide, fort taux d’ensoleillement : la liste est longue. Ainsi les climats tempérés sont les plus adaptés à la viticulture. Mais les climats intertropicaux, comme la Polynésie française, semblent malgré tout favorables, même s’ils exigent une plus importante intervention de l’homme.

Les parasites sont également une menace constante. Et même si aujourd’hui les vins biologiques et naturels sont à la mode, une vigilance importante, notamment en pays humides, doit être portée sur le phylloxera, qui représente un danger permanent pour les cultures.

Le sol doit être ni trop humide, ni trop sec, ni trop calcaire. Et permettre une adaptation des cépages commercialisés. La culture en zone tropicale peut donc s’avérer compliquée voire aléatoire.

La prudence est ainsi de mise avant de planter un pied de vigne n’importe où. Mais la prudence, ça, Dominique Auroy ne connait pas, et il a pris le risque…

Le succès du vin Rangiroa

Pour sa 50e vendange, le producteur millionnaire n’est pas peu fier de commercialiser près de 40 000 bouteilles, un véritable succès !

C’est à Rangiroa, sur les îles du Tuamotu (les plus anciennes de Polynésie), que sont plantés les 6 hectares de vignes. Précisément sur le motu le plus large de cet atoll, près de la passe d’Avatoru, parmi les coraux. Né d’un volcan englouti, le sol calcaire de cette île sous le vent du nord de la Polynésie, s’est étonnamment révélé favorable à l’épanouissement des vignes importées de la métropole.

Sous ce climat tropical, la date des vendanges n’est pas à heure fixe et arrive approximativement tous les 5 mois. L’agenda des vendanges change ainsi chaque année selon la durée du cycle végétatif des vignes. Et quelle organisation !

Les chais se trouvant sur une autre île à proximité, les raisins sont chargés sur bateau pour atteindre les cuves. Les fruits sont ensuite transportés à Avatoru pour être pressés et mis en barrique, pour finalement être mis en bouteille à Tahiti.

Du vin bio et une production annuelle

Malgré ces difficultés, l’équipe de viticulteurs reste à l’écoute et respectueuse de cet environnement paradisiaque. Grâce à une culture raisonnée, le domaine a ainsi obtenu la certification Agriculture biologique par Ecovert en 2010, qui récompense largement le travail méticuleux de cette équipe polynésienne.

Aujourd’hui, près de quatre crus sont commercialisés et représentent pas moins de 40 000 bouteilles par an : le Blanc de Corail, le Clos du Récif, le Rosé nacarat et le Blanc moelleux. Pour élaborer ces vins atypiques, trois cépages sont privilégiés : le Carignan rouge, l’Italia et le Muscat de Hambourg. Le vin de Rangiroa a déjà remporté plusieurs médailles grâce à sa particulière saveur minérale et acidulée !

Alors, on se laisse tente par le vin de Rangiroa ?

Tout d’abord pour l’originalité de l’aventure et la curiosité du palais. Fin oenologue ou simple amateur de vin, c’est un véritable plaisir de tester ce vin sucré et acidulé au goût de fruits dorés au soleil.

Également, pour l’idyllique vue de ces pieds de vigne plantés symétriquement sur ce récif corallien, bordés de cocotiers, bananiers et de champs de canne à sucre ! Grâce à son vin et l’originalité de sa démarche, Dominique Auroy a réussi à faire connaître cette île autrement que pour ses belles plages de voyages de noces.

Et puis si vous êtes à la recherche d’expériences et concepts uniques, alors pourquoi ne pas se laisser tenter à emprunter une pirogue jusqu’au récif et déguster un rosé bien frais de la cuvée 2018. Tout en observant les dauphins dans les eaux turquoises au-delà du lagon !